Angoisse prisonnière 1 et 2

Oppressant. Murs immenses. Colonnades colossales. Chandeliers de sombre lumière. Obscurité claire, ombres éclairantes. Perdition.

Une respiration… Deux respirations… Trois respirations…

Des tympans. Sons chuchotants. Une bouche. Coule Espoir.

Une seconde. Douce voix envoûtante et terrifiante.

Deux secondes. Silhouette pataude avançant. Féminine.

Trois secondes. Haîllons. Sillons sanguinolents et bleuis.

Quatre secondes. Visage gris. Dents à découvert. Yeux immaculés. Regard sans but. Mains griffues, tendues, attrapant, ongles mordants…

CA SUFFIT!

Instant. Murs immenses. Colonnades colossales. Chandeliers de sombre lumière. Obscurité claire, ombres éclairantes. Frustration.

Deux respirations… Quatre respirations… Six respirations…

Pourquoi?

Silhouette sensuelle et insolente.

« Parce que j’aime ça ».

Rires. Elle rit. Ne se moque pas. Rit.

Pourquoi?

Visage ambre. Yeux saphirs et félines. Bouche de cynisme et lèvres d’ironie.

« Contrairement aux autres, tu ne peux voir l’imprévisible, et j’en profite ».

Quels autres?

Mains de nymphe, peau satinée, voluptueux ongles.

« Ceux qui peuvent, ceux qui voient, ceux qui veulent… »

Démarche envoûtante.

« …tout ».

Pourquoi? POURQUOI?

Me retenir, me faire peur, m’oppresser, me frustrer, me faire mal!

Sourire divin.

« Tu veux le savoir? »

Peur… Fuir… Mettre fin… Souffrance…

Murs immenses…

Ululement… Colonnades colossales…

Lacérations… Chandeliers de lumière sombre…

« Y a comme un blem… »… Porte de métal…

Sourire divin… Fenêtre d’Airain…

Sortilège… Place de la Tranquillité Funèbre…

Espoir…

Instant. Lumière. Obscurité. Blanc, Noir.

Murs immenses… Ululement…

Pourquoi?…

Colonnades colossales… Lacérations…

Pourquoi…

Chandeliers de lumière sombre…

Pourquoi moi?

Mièverie. Cynisme. Insolence. Envoûtement.

Sourire.

« Parce que tu es Personne… »

Rire éclatant.

Sentiment de perdition et de frustration.

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Échos. Sons glacials. Ambiance froide.

Je marche. Je sens sous mes pas, sous mes pieds, le sol lisse et sans chaleur. Je marche doucement mais assurément, profitant du calme apaisant de l’absence de la maîtresse des lieux.

Mes pieds nus glissent et frissonnent au contact du marbre noir. Je marche devant moi. Sans lever les yeux. Le plafond, les murs, tout est noyé dans les ténèbres . Inutile que j’observe le voile opaque qui me prive ma liberté et ma sérénité.

Angoisse…

Angoisse…

Ce mot résonne au fond de mon esprit. Je vois sans regarder mes pieds frôler le marbre tout en repensant à cette angoisse oppressante, troublant mes rêves, écharpant mon âme…

Ma sérénité…

Ma liberté…

Je comprends maintenant. J’ai perdu ce que je pensais acquis… J’ai perdu ce qui faisait mon orgueil… J’ai perdu ce que je pensais ne pouvant être perdu…

Angoisse… Angoisse…

Ce mot… cette sensation… me tétanise, me rend malade, me donne envie de vomir, de me coucher sur le sol, de griffer le marbre jusqu’à m’en arracher les ongles… Cette angoisse… me torture, me détruit, me brûle, m’écrase, m’écartèle, me ronge jusqu’à l’os, m’écorche jusqu’aux nerfs, explose mon cerveau, canal sanguin par canal sanguin C’EST INSUPPORTABLE !

J’ai hurlé. L’écho de mes pas a cessé de résonner en faveur de ce nouveau son brutal et terrifiant . Je me suis arrêté. Mes pieds immobilisés pour un cri de douleur. Une douleur dû au désespoir. Une douleur dû à cette angoisse instillée par cette sorcière de l’esprit, mon esprit !

Je n’en peux plus. Je tourne en rond au sein des ténèbres. Que puis-je faire …

L’écho cesse. Silence absolu. Je lève les yeux. Le voile noir. Je baisse les yeux. Le marbre noir. Et mon reflet.

Mon reflet. Un homme se penche pour observer. Est-ce moi ? Est-ce réellement mon reflet ? Ou bien… est-ce un autre tour de ma geôlière ?

L’homme qui se penche est bien maigre. Une barbe anarchique lui mange le menton et les joues. Un e veste tente de protéger son torse aux os apparents. Un pantalon recouvre ses béquilles qui lui servent de jambes. Et ses pieds. Ses pieds nus rejoignant les miens. Tel un miroir.

Est-ce moi ? Est-ce mon âme ? Est-ce un autre homme ? Est-ce une illusion ? Est-ce un rêve ? Est-ce un cauchemar, une hallucination, un tour de magie ?

Je lève la main. L’homme maigre en fait de même.

Je tombe à genoux. Ses genoux rejoignent les miens. Nous nous rapprochons.
Pour la première fois, jamais je ne me suis senti aussi proche de quelqu’un. Qui que ce soit, je sens sa présence. Sous mes pieds, sous mes genoux. Puis-je aller plus loin ?

Ses yeux pénètrent les miens. Je prends ça pour un oui.

Je pose mes mains sur les siennes. Nous sommes proches, très proches. J’ai envie…

Aller plus loin. Sentir un contact, n’importe lequel, même illusoire.

Je penche ma tête. Il penche la sienne vers moi.

Je m’approche… il en fait de même… Je commence à sentir son souffle…

Nos lèvres… se touchent…

C’est froid, et pourtant… je sens une chaleur monté. Au fond de moi, je sens que… cette chaleur… bon sang… Je laisse mes lèvres sur les siennes. Je ferme les yeux pour sentir sa chaleur… Pour la première fois… oui… pour la première fois…

Je me sens bien.

Je me sens… tellement…

Je rouvre les yeux. Mais ce n’est plus un homme maigre qui me fixe.

Une femme a pris sa place. Une femme qui sourit.

Je commence à avoir peur. C’est elle, c’est forc…

Non. Ce n’est pas elle. Je la reconnais.

Cette femme, qui a joint ses genoux au miens, ses mains aux miennes. Ce sourire… un sourire de plaisir non dissimulé. A la fois apaisant et renfermant un désir profond.

Cette femme m’aime. Elle m’aime et je l’aime.

Je l’ai oublié… mais je me rappelle.

Ses longs cheveux bruns me chatouillant le visage…

Ses douces mains sur mon visage, sur mes épaules, sur mon corps…

Sa voix, éclatante, chaleureuse…

Je l’aime… Je l’aime…

«  Je… »

Je l’aime… à la folie…

« Je… »

Merci… d’être là… au moment où j’avais le plus besoin de toi…

« Je sais qui tu es. Je sais qui je suis. Et je sais que je t’aime »

Elle sourit de plus belle. Ses yeux clairs me réconfortent… je veux l’embrasser.

Je sais qui tu es.

Je sais qui je suis.

Tu es ma bien-aimée.

Et moi un homme qui a sombré dans le désespoir.

« Pénélope … »

Un hurlement.

Un long hurlement assourdissant.

Je ferme les yeux.

Je plaque mes mains sur mes oreilles.

Pénélope…

Une main s’empare de mon épaule.

Je me sens projeté contre le sol. Je me retrouve couché, une douleur dans le dos. J’ouvre les yeux et je vois…

La sorcière. Elle est sur moi. En pleurs.

Ses yeux… coulent de larmes… Sa bouche tordue, non plus de cynisme… mais de tristesse…

Elle enrage de tristesse… Ses larmes tombent gouttes par gouttes, au rythme de sa respiration saccadée, sur mon visage.

Elle est nue, ses seins tressautent à chaque bouffée d’air…

« TU ES PERSONNE ! »

« Personne » résonne dans le voile.

Je comprends. Je me souviens.

« Non. »

Ses lèvres suintent de colère.

« PERSONNE ! »

« Je sais qui je suis »

« PERSONNE »

« Je suis… »

« PERSONNE »

« NON ! »

Silence. Le voile de ténèbres s’ébranle.

« Je suis… »

Le voile se disloque. Une lumière… Une brise…

« Ulysse »

La sorcière s’effondre. Puis elle hurle.

Son hurlement achève la destruction du voile noir.

Enfin… je vois…

Je vois.

Je sens.

J’ entends.

Merci Pénélope.


Mentions Légales d’Angoisse prisonnière 1 et 2.

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